Fétu de paille et cathédrale

description

Ce titre provient d'un poème d'Eugène Guillevic, qui a si sympathiquement vibré en moi que ma musique a fini par y prendre totalement racine:

"Être

Où et quoi?

N'importe où,

Mais pas rien qu'en soi.

Être dans le monde.

Fragment, élément du monde. 

Supérieur à rien,

Pas à quiconque, pas à la pluie qui tombe,

Se sentir égal

Et pareil au pissenlit, à la limace,

Inférieur à rien,

Ni au baobab, ni à l'horizon,

Vivre avec tout

Ce qui est en dehors et en dedans,

Tout ce qui est au monde,

Dans le monde.

Fétu de paille, non!

Cathédrale, non!

Un souffle

Qui essaie de durer."

(Eugène Guillevic, extrait de Art Poétique, 1989)

 

Le souffle en péril est alors devenu littéralement l'objet musical de ma partition. Et les semblants de citations musicales parsemées çà et là sont le pendant des images de la nature inscrites dans le poème. Ils sont comme des bornes qui visent à contenir le souffle, à définir son trajet, à lui donner de l'élan. 

Après une introduction en suspens, la musique évolue d'abord très près du silence, puis inversement jusqu'au puissant "bruit blanc" de la cymbale cloutée, et des simulacres sonores d'orgue ainsi que des bribes de chant grégorien parviennent. Tour à tour évocations du fétu de paille et de la cathédrale

Puis le silence refait surface, les citations se multiplient et se mélangent aux traces des parties précédentes, constituant autant de pistes possibles pour ce souffle fuyant. Dans une ultime tentative de centrage pour se sentir égal le souffle se transfigure en onde commune le temps de quelques battements.

 

 

effectif

pour 20 musiciens

 

2 flûtes (1. prenant piccolo)

2 hautbois (2. prenant cor anglais)

1 clarinette en sib

1 clarinette basse

2 bassons

 

2 trompettes

2 cors

 

2 percussionnistes

1 piano/celesta

1 harpe

1 guitare

 

1 alto

1 violoncelle

1 contrebasse

détails

Durée: 10'

Première exécution: le 30 novembre 2016, Paris

Jean-Philippe Wurtz, direction

audio